La technique de la javel : mon procédé de retouche argentique | Blog Robbsecco
Technique

La technique de la javel : mon procédé de retouche argentique expliqué

Portrait retouché à l'eau de javel sur papier argentique

On me pose souvent la question en séance : « c'est quoi cet effet, sur tes photos ? ». La réponse est à la fois simple et un peu absurde : de l'eau de javel, du papier argentique, et beaucoup de rapidité.

Un coup de tête, faute de budget

Cette technique n'est pas née d'un plan bien préparé. J'avais déjà vu ce genre d'altération chimique sur de la pellicule argentique, et l'idée m'est restée en tête. Le problème, c'est que je n'avais pas le budget pour monter tout un laboratoire argentique complet et financer cette pratique dans les règles de l'art.

J'avais par contre déjà des tirages argentiques chez moi. Sur un coup de tête, j'ai commencé à tester différents produits chimiques dessus, pour voir ce qui se passait. Parmi tout ce que j'ai essayé, l'eau de javel était de loin le produit le plus intéressant à manipuler : assez lent pour laisser une marge de contrôle, assez imprévisible pour ne jamais donner deux fois le même résultat.

Le circuit complet, de la prise de vue au tirage

Concrètement, voici comment une photo passe de la prise de vue au tirage brûlé :

1. La prise de vue, avec un Sony Alpha 7 IV.
2. Le laboratoire : je fais tirer mes photos chez Croix-Rousse Photo ou chez Photolix, deux labos lyonnais qui tirent sur minilab / frontière Fujifilm. C'est ce qui me permet d'obtenir un vrai tirage sur papier photo argentique, et pas une simple impression numérique.
3. La colorimétrie : avant l'impression, je passe par Adobe Lightroom, uniquement pour ajuster les couleurs. Aucune retouche destructrice ne se fait à l'écran : tout le reste se joue sur le papier, à la main.

La vaseline, mon garde-fou

Une fois le tirage en main, je commence par protéger certaines zones à la vaseline, là où je ne veux pas que la javel morde le papier. C'est ma seule marge de contrôle sur un procédé par ailleurs très instable.

Ensuite, je passe un premier coup d'eau sur le papier, puis j'asperge la javel.

Plus il fait chaud dans la pièce où je travaille, plus la photo peut disparaître en quelques secondes. Il faut être extrêmement rapide.

C'est cette urgence qui rend chaque tirage unique. Il n'y a pas de retour en arrière possible : une fois que la javel a mordu le papier, la trace est définitive. En numérique, on peut annuler un clic, recommencer à l'infini. Ici, le tirage porte une cicatrice qu'on ne peut plus retirer.

Une technique qui a une histoire

Je ne suis pas le premier à manipuler chimiquement des tirages argentiques, et c'est une pratique qui a une vraie lignée dans l'histoire de la photographie. Le photographe français Jean-Pierre Sudre a formalisé dès les années 1970 une technique proche, le « mordançage », qui consiste à altérer chimiquement l'émulsion d'un tirage argentique noir et blanc pour en soulever et reformer la matière.

Plus près de nous, l'artiste américain Curtis Mann applique un réservant sur certaines zones de ses photographies avant de les plonger dans un bain d'eau de javel, pour faire apparaître des teintes rouges, orange et jaunes qui évoquent le feu. La photographe de mode Lillian Bassman, elle aussi, a construit une partie de son travail sur la manipulation chimique de ses tirages.

Je m'inscris dans cette lignée, avec ma propre variante : plutôt que de chercher un résultat maîtrisé en laboratoire, je pars d'une contrainte de budget, et j'en ai fait une signature.

Pourquoi ce choix esthétique

Cette technique, je l'ai développée en documentant la scène queer et drag lyonnaise depuis 2017. La javel qui brûle et efface certaines zones du corps évoque quelque chose de très concret pour moi : la façon dont les identités queer sont parfois rendues invisibles, effacées, tout en restant profondément présentes et résilientes.

Aujourd'hui, cette même technique traverse aussi mes portraits d'art et mon projet Underground. Elle donne à chaque photo un rendu texturé, entre la photographie et la peinture, qu'on ne retrouve pas avec un simple filtre numérique.

Ce que ça change concrètement pour vous

Si vous réservez une séance "Portrait Art", voici ce que ça implique en pratique :

Un délai de livraison un peu plus long : le temps du tirage argentique en labo et du traitement manuel à la javel, qui ne peut pas être accéléré.
Une pièce vraiment unique : impossible de reproduire deux fois exactement le même résultat.
Un tirage physique inclus, en plus du fichier numérique, puisque le procédé part justement d'un vrai tirage papier.

Voir le résultat en vrai

Le mieux reste de voir ça en photo. Vous pouvez retrouver une sélection de portraits retouchés à la javel sur la page Portraits Artistiques, ou l'ensemble du travail sur la scène queer lyonnaise via le projet Underground.

Envie d'un portrait avec cette technique signature ?

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Robin Secco

Robin Secco

Photographe & vidéaste à Lyon, spécialisé en portraits, mariage et projets artistiques queer.